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Laurence HUGUES
Claude BENOIT à la GUILLAUME

Les papiers peints


A l’étage il y a les chambres. On n’y monte que le soir. Si on n’est pas de la famille on n’y va pas. Même le médecin, on le reçoit dans la salle.

En bas, on frappe et puis on entre. En haut, même la chaleur a du mal à y monter.

En bas, la suie. En haut, des murs tapissés chics. Des fleurs, des palmes, des frises. Des roses pâles, des rouges grenat.

Le père était pensionné militaire, il menait un commerce de bois avec son frère. L’eau faisait tourner la scie. Qui a choisi ces papiers peints ? Où ont-ils été achetés ? Allez savoir. En tout cas, c’était de la qualité.

La richesse, enfermée à l’étage, comme les affections, les douleurs, les chagrins.



Quelqu’un m’a raconté que Marie montait souvent dans sa chambre, l’après-midi. « On se demandait ce ce qu’elle y faisait ». Elle écrivait dans ses carnets. Elle regardait les murs. Allez savoir.

Les papiers peints, on les dit peint, mais en fait ils sont imprimés, comme les billets par la Banque de France, à Clermont-Ferrand, à soixante kilomètres d’ici. Imprimés sur de grands rouleaux qui marchent à la vapeur.

Quand on n’avait pas les moyens, ou qu’on ne voulait pas gaspiller, on dessinait les frises à la main. Comme dans l’escalier de l’annexe. Ce bâtiment, pas encore rénové, servait d’atelier. Il faut traverser la pièce sombre du rez-de-chaussée avec les outils et les lames de scie qui vous toisent comme des armes. Poser les pieds avec précaution sur les marches en bois. Suivre les ronds déposés par le pinceau.

Et puis en haut…

Si vous vous arrêtez au village, Claude vous fera poser devant la tapisserie . Enfin s’il a envie et vous aussi. Il photographie les personnes qui passent, celles qui restent, comme sa compagne, celles qui arrivent, comme son petit-fils



Marie aussi gardait la trace des visiteurs. Avec un crayon et les numéros des plaques d’immatriculation. Un jour, elle a fait remarquer à ma mère  : « Vos amis ont changé de voiture depuis la dernière fois ». Ils habitaient loin, dans notre vie d’avant. Ils n’étaient pas venus nous voir depuis trois ou quatre ans.