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Laurence HUGUES
Claude BENOIT à la GUILLAUME

Le Mont Blanc

 
À la campagne on se couche et on se lève tôt paraît-il. Je ne sais pas à quelle heure Marie se couchait, ni quand elle se levait, même si sur la fin des carnets elle note l'heure à laquelle elle allume le feu, souvent après10h. Avant ces grasses matinées qui inquiétait le village de voir ses volets fermés si tard, elle a souvent dû voir, comme moi ce matin, l'orangé du jour monter loin là-bas, au bout de cette glissade vertigineuse qui rebique jusqu'aux Alpes.


J'éteins la lumière du bureau. La clé USB fichée dans l'ordinateur clignote comme les feux des satellites et des avions qui passent au-dessus de nos têtes, au-dessus du hameau, chiure de mouche sur la ligne Le Cap-Londres.


Dans la fenêtre, deux tiers de ciel. Des traînes bleu-vert éviscèrent la nuit. A la hauteur de mes yeux la ligne d'horizon se déforme. Sur le fond flamme on le discerne à peine et puis... il est là.


Le Mont Blanc.


Ses contours se précisent avant de s'estomper à la pleine lumière du jour. Sous la montagne les villes scintillent, comme les avions, comme la clé USB, puis disparaissent dans le violet et les verts des reliefs. Certains matins des brumes s'accrochent et s'échelonnent sur ces plans coupés, jusqu'au surplomb des Alpes.


J'enfile une veste et je sors, escortée par les chats. On reste là, à regarder le monde reprendre des couleurs.


Tout-à-l'heure je ferai chauffer de l'eau et j'enverrai un sms à mon voisin Claude, pour lui proposer de venir boire un café.